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Lettre d’Amour aux joueurs de Vuvuzelas

Cher vuvuzelophile,

J’admire l’énergie que tu mets à souffler dans ta petite corne en plastique.
J’adore la joie très simple que te procure cet instrument pas cher (j’espère que c’est le cas, sinon tu t’es bien fait enfler).
Je suis bluffé de ta capacité à rester focalisé sur la production permanente de son aux dépends de toute conversation avec tes voisins de stade, de toute attention sérieuse au match, et donc de toute réelle émotion face au jeu.
J’envie ton mépris de tout ce temps que tu pourrais passer à boire des bières au soleil puisqu’elles sont autorisées dans les stades Sud-Africains ; ton implication totale dans la recherche pure de l’ivresse mystique bien connue des sonneurs de trompe suisses ou népalais.

Je ne vois pas comment te jeter la pierre, j’ai moi même éprouvé ce plaisir de l’hyperventilation jusqu’à l’ivresse. Enfin presque.

C’était à Noël, j’avais 4 ans, et j’étais pas loin de mon premier nirvana psychotropique vu qu’en même temps que je soufflais dans mon petit sifflet en plastique (mes parents avaient déjà arraché le corps d’escargot de la langue de belle-mère que je passais mon temps à leur fourrer dans l’oreille ou dans le nez), je tournais sur moi même comme un derviche.

C’est con un derviche, ça voit pas du tout la baffe arriver. Et vu que ça tourne vite, ça empêche l’assaillant de bien viser, donc au lieu d’un avertissement sonore et rougeoyant sur mes très jolies joues (c’est mémé qui l’a dit en les pinçant quand je suis arrivé), ben ça a atteint le sifflet juste au moment ou je reprenais ma respiration.
Donc le sifflet, il est parti comme un missile de Govou, sauf qu’au lieu des tribunes, il est allé au fond de ma gorge.
Au début j’ai chialé, parce que ça m’a fait un peu mal, la baffe, et que j’étais pas très content qu’on m’ai volé mon sifflet.
Ensuite ça m’a fait marrer, parce que quand je respirais, ça continuait à faire « coin coin » tout au fond de ma gorge, et que plus personne n’osait me mettre de claque. Au contraire, toute la famille a voulu m’emmener à l’hôpital.
Moi quand j’ai entendu « hôpital », j’ai décidé de faire « pin-pon pin-pon » avec mon sifflet pendant tout le trajet, genre on dirait qu’on aurait une ambulance. Mais là je me suis rendu compte que j’arrivais pas à parler normalement, et donc à demander à Papa s’il avait un gyrophare. Et ça m’a fait un peu peur, parce que je me suis imaginé que j’allais peut-être couiner comme ça toute ma vie.

À l’hôpital, la gentille Madame Docteur m’a écouté le sifflet, avec l’espèce de walkman en plastoc tout pourri qu’ils ont, là. Et puis elle m’a fait des photos du dedans, mais pas comme pour grand-mère, juste avec un appareil photo qui déshabille. Et elle a dit qu’il avait pris le bon chemin, qu’il était trop loin pour « tenter l’extraction », et qu’il sortirait par les voies naturelles.
Moi je ne connaissais pas les voies naturelles à l’époque. Mais j’ai découvert le lendemain. C’est franchement pas agréable, surtout le petit rebord du bout du sifflet (le plus large) qui est un peu coupant mais je vous épargne les détails.

Les patrons du PSG m’ont demandé de ne jamais être violent, donc je refuse de satisfaire le désir de centaines de milliers de personnes sur Facebook qui réclament que je vous le fourre dans les voies naturelles. Parce que moi je sais ce que ça fait, un peu.

Je me contenterai de me souvenir de l’enfant insouciant et heureux que j’étais à Noël, et je vous offrirai un cadeau.

Je vous invite à un concert en Bulgarie, pour vous apprendre un peu les subtilités de la musique et du son. Une place de choix. Mieux que le premier rang ou les backstages. Carrément accroché bien serré à la façade du mur d’enceintes à côté de la scène. Pendant que quatre des plus grands groupes de Rock du Monde vous offriront tous leurs tubes.
Vous allez fondre de bonheur (comme vos tympans) et de fierté en assistant à ce moment unique : le concert commun de Metallica, Slayer, Megadeath et Anthrax. En plus je suis certain que ce sera dans un grand et beau stade.

Le plus dur pour moi dans tout ça, c’est que j’en suis à rêver que les Rosbifs soient en finale. Parce que c’est la garantie d’un stade intégralement rempli de supporters qui se foutent des Vuvuzelas parce qu’ils connaissent une multitude de chants par coeur, un pour chaque émotion ou chaque occasion, qui ont la capacité physique de les chanter pendant 90 minutes sans autres arrêts que ceux nécessaires au rafraîchissement de leur organe à l’aide de Lager locale, et qui vivent pleinement le match que certains auront payé un, voire deux ou trois mois de salaire au marché noir. Jusqu’à passer l’intégralité du temps additionnel à pleurer de joie en entonnant leur chants préférés.

Et dans mon rêve, Robin Leproux est dans le Stade. Il réalise enfin ce à quoi sert un public, une tribune, une ferveur, et nous écrit le jour même une jolie lettre pour s’excuser et me rendre mon Stade. Ma place. Ma voix. Et mes rêves.

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End of the Game

Dernier match de la saison en tribune.
Peut-être le dernier tout court.
Je ne suis pas sûr d’avoir envie de revenir dans un Parc vide de chants pour supporter une équipe sans âme.
Le Club menace de vider les deux tribunes populaires, celles qui chantent, celles qui se répondent et rendent Paris magique, celles qui, aux dires de Léonardo, « font respirer le stade ». Deux tribunes entières, karchérisées plutôt que de  vouloir gérer quelques poignées d’agités bien connus de tous.
C’est la fin de 25 années de souvenir, dont 12 fidèlement rivé à Auteuil.

Le PSG se suicide, s’autodétruit ou se mutile, victime de sa mauvaise réputation.
On ne faisait pourtant de tord à personne.
On était juste les ultras de la Capitale,
Et notre ferveur était inébranlable.

Georges Brassens – La mauvaise réputation

En guise d’adieu à ces 12 ans de ferveur et de chants à s’époumoner jusqu’à en tomber d’hyperventilation, un petit best of de mes plus grands tubes de tribune. et les dernières images d’Auteuil.

Sunset Parc ©DVLS10

On Stage with Auteuil ©DVLS10

En-chanter le Parc ©DVLS10

c'est con j'aimais bien la vue ©DVLS10

et maintenant une petite dédicace personnelle

oui c'est à toi que je parle ©DVLS08

FIGHT !

J-1 avant le round 2 du Clasico, OM-PSG. On va leur foutre sur la gueule à ces fils de putes ! la Bonne Mère est une salope et ses enfants des petites tafioles !
Je kiffe le foot.

Aller au Parc des Princes tous les 15 jours, retrouver mes potes au coeur de la tribune Auteuil, chanter à s’en arracher les cordes vocales pendant 90 minutes comme si ma vie en dépendait, vibrer d’émotion pendantl’échange entre les deux virages.
Finalement le match, le score, je m’en fous un peu. Pas complètement, hein, parce que la tension est nécessaire pour vibrer encore un peu plus. Mais c’est l’ambiance qui me transcende dans ce stade hyper sonore, exactement comme dans un concert. Un truc que ne connaitront jamais les footix qui vont au Stade (sic) de France en tenue de carnaval pour siffler « leur » équipe et beugler « et un et deux et trois zéro » quand ils ne karaokent pas la pauvre Gloria Gaynor (ce qu’heureusement -?- les bleus ne leurs ont pas donné l’occasion de faire depuis longtemps).

Je kiffe le foot parce que ça m’offre un sujet de vannes inépuisable avec mes potes, en particulier les marseillais (sauf en novembre pendant la traditionnelle crise du PSG, là faut pas trop me chercher) ; parce que sans ce sentiment d’appartenance, pas d’envie de défendre mon Club avec la pire mauvaise foi (la meilleure), et donc les vannes les plus affutées.

Mais quand le foot devient prétexte à une bataille rangée, ça me dépasse.
Pourquoi en venir aux mains ? (à part pour se qualifier en Coupe du Monde bien sûr, là on a le droit)

Déjà je comprends mal l’idée de coller un bourre-pif à un mec qui partage globalement la même passion que moi (ah non ? toi c’est la baston, pas le foot ? pardon j’ai dû faire erreur), mais quand je vois des mecs se balader avec des couteaux, des barres de fer et des ARBALETES en pleine ville, j’ai légèrement envie de vomir.

Sans décôôôônner (©AFP / PATRICK VALASSERIS)

Donc messieurs les faux-supporters, un conseil : vendredi si vous vous croisez, mettez-vous face à face, et entonnez juste une jolie chanson avec de petites voix de grands enfants que vous êtes restés, plutôt que de passer aux actes.

Burn the street
Burn the cars
pa pa power pa pa power
(Children) Please make me better
Broken glass
Broken hearts
pa pa power pa pa power
(Children) Please make me better
Broken glass
Broken hearts
pa pa power pa pa power
(Children) Please make me better
We won’t destroy you no we will not destroy you

(Dead Man’s Bones – pa pa power)

Allez Paris.

(même un bon hold-up Henriesque de la main par Chantôme à la 92e minute j’accepte, hein)