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FIAC OFF

Fin tardive de cette semaine thématique artistique avec mes coups de cœur du Off FIAC.

On commence au Cutlog avec les sculptures réalistes de Rainer Kurka. A l’exception de la cagole en-bronze-qui-bronze en plein soleil, rayonnante, toutes les pièces sont dans une matière mate et légèrement poreuse, très sensuelle, peinte de couleurs douces et légèrement passées. J’ai particulièrement kiffé cette femme triste et pudique qui se cache derrière sa serviette, et la gracieuse danseuse dont l’ombre est un lapin (je ne sais pas si c’est voulu mais j’aime beaucoup). Et bien sûr la cagole.

Boulot surprenant de Valentin Carron, qui, à côté d’un travail d’arts de la table (tasses, plats, vases) très réussi (épuré avec un léger mouvement donné à la main pendant la cuisson), présente ce moulage de corps de femme, une feuille de biscuit de porcelaine, déformée et plissée mais incroyablement pleine de vie.

Mon coup de cœur absolu du Cutlog : ces images de péniches et de barges vues du dessus. Des formes totémiques sur fond uni, mais où l’œil peut se perdre jusque dans les moindres détails des objets qui traînent sur le pont ou de la marchandise transportée dans la cale. Totalement hypnotisant, je pourrais passer des heures devant.

Chez la Célèbre Galeriste Florence Léoni, j’ai adoré ce vol d’oiseaux réalisé avec de vraies plumes de piafs (ou des oiseaux écrasés, peut-être, j’ai pas demandé). Plein de grace et de vie. Je n’ai pas encore eu le temps d’aller voir l’exposition de Batiste Debombourg et Lionel Sabatté à la galerie, mais je vais y aller très vite.

Au Show-Off, j’ai été fasciné par cette toile de Won Sou-Yeol, magnifiquement présentée sur un mur rouge sang. J’y vois des petites plantes aux longues racines qui germent, j’y vois de la pluie qui rebondit sur un toit et qui ruisselle le long de la façade. J’y vois beaucoup de douceur. Et de technique, je sais de quoi je parle j’ai essayé de la reproduire ce week-end  chez Baba.

Je ne sais plus quelle est la technique utilisée par H. Craig Hanna (en partie de l’aquarelle il me semble), mais ses portraits ont une vie et une intensité troublante.

Coup de cœur du Show-Off : Li-Chen. Ce taïwanais est paraît-il un Dieu vivant en Chine. Le travail du bronze est impressionnant, du doré au brun le plus sombre, par endroits aussi lisse qu’un miroir, à d’autres mat avec une profondeur (en perle on parle d’ « orient ») dans laquelle on se perd. Li-Chen travaille en équilibre entre tradition et modernité, utilisant des personnages Taoïstes mythologiques pour faire passer des messages modernes. Je veux tout. Son petit Bouddha qui atteint la plénitude de l’esprit (qui sort alors de sa tête), cette divinité des airs à la main d’or qui vole en rase-motte, et cette autre qui tente de protéger l’habitat traditionnel (ici une maison d’étudiants) alors que l’urbanisme forcené en vigueur actuellement en Chine nie totalement l’humain et le passé…

La plus drôle est le « collective consciousness » vu sur un livre consacré à l’artiste. Une sculpture qui rappellera The Human Centipède aux cinéphiles, où le chef est présenté avec un visage ridicule et une tétine dans la bouche, suivi par trois lèches-culs sur roulettes, tête rentrée dans les épaules, mais sur les oreilles, soumis et fermés.

A Art Elysée, j’ai adoré ces natures mortes de Patrice Girard. Les poissons enfermés semblent vivants, comme si on les avait surpris en pleine agitation d’un coup de lampe. On se perd dans la profondeur et les reflets métalliques de cette nuée qui émerge de la nuit.

Fascination aussi pour ce portrait de Jerome Lagarrigue, vraisemblablement travaillé à l’huile et au couteau. Le geste est incroyable d’assurance et d’efficacité.

En bon Kiddult, il fallait bien dans ma sélection un objet régressif. Alors ce sera cette série de fœtus d’hommes célèbres d’Alexandre Nicolas (principalement des super héros, mais on y retrouve aussi Hitler, Gagarine, et quelques autres). Une réflexion sur l’origine du (des) (super-)pouvoir(s). Les blocs dans lesquels flottent les mini-surhommes sont en cristal de synthèse (comme un cockpit d’avion de chasse par exemple). Ca pèse une tonne et ca a une transparence incroyable. Je VEUX le Goldorak. Et le Captain America. (trépignement, petits cris aigus).

Slick : je bloque sur cette collection de planches de skate d’artistes (theSK8room). Que des grands noms, que des merveilles. Je bave. Bon le problème c’est que pour se la péter en skatant, il faut maitriser le ollie flip pour que les gens puissent voir le dessous de la board.

Simple et magique, cet escalier qui émerge du néant du papier. Une spirale dont la perspective s’enfonce dans la feuille. Tout ça juste avec un travail de rainage.

A la Chic Art Fair, j’ai adoré ce tableau de Martin Reyna . Mélange de régularité et de fluidité, de couleurs éclatantes de pureté et de dégradés incroyables quand elles se rencontrent.

Ca doit déjà pas être évident de faire au stylo des portraits avec une telle économie de trait. Mais franchement, avec une pince et du fil de fer…

Blocage total sur cette pièce de céramique monumentale (2x2m, en gros). Une blancheur virginale pour cette effroyable scène de bataille où deux flots se percutent et se mêlent avec une grande violence, formant par endroit un magma informe, certains personnages à moitié fondus dans cet enfer.

Je VEUX cette photo. Les couleurs sont folles. La déconstruction en ligne verticales monochromes est fascinante. Et le pire : aucun photoshopage, aucune retouche, ceci est une image réelle.
Une image produite par un appareil numérique à la cellule défecteuse, qui a généré spontanément cette hallucination. Si les machines se mettent à faire de l’art…

Best of FIAC (part. 3) I LOVE ART

J’ai semble-t’il un grand coeur et un oeil aiguisé. La preuve, c’est que je suis tombé amoureux de beaucoup d’oeuvres pendant la Foire, et que, manque de bol, c’était généralement des trucs hors de prix.

Vu qu’il y en a beaucoup, on va faire ça en deux fois : les merveilles du Grand Palais aujourd’hui, et tout ce que j’ai repéré en Off (Cutlog, Slick, Art Elysée, Chic Art Fair) demain.

La première chose qui m’a attiré à la FIAC, c’est un bout de caillou.
Un gros bloc de pierre blanche, une espèce de rondelle arrachée à la roche. Son contour brut approximativement rond, et une face parfaitement lisse, percée en son centre.
Ca a l’air con, comme ça. Mais le trou parfaitement dessiné, à l’arête tranchante apparait comme une aberration à la surface du bloc, et donne envie de regarder à l’intérieur. Et l’intérieur de cette mini-montagne est hallucinant : loin d’être une caverne froide et sombre, c’est une source de lumière douce, un ventre accueillant.
Forcément, puisque la pierre est de l’albâtre. Et parce que le coeur et l’arrière de la pierre sont taillés jusqu’à atteindre une incroyable finesse qui laisse passer la lumière et la concentre.
J’ai mis un petit bout de temps à trouver le cartel qui me donne le nom de l’oeuvre et de l’artiste. Ah ouais, OK. Anish Kapoor (l’homme du Leviathan qui m’avait enchanté au même endroit en juin pour la fête de la musique). Evidemment.

On change de style et de budget, et je m’arrête devant cette série de bouches. C’est sans prétention, mais ça a de la gueule, non ?

Je me retourne, et sur le mur en face, j’aperçois ces deux formes sombres bizarres. Des hauts de quilles ? Il faut que je m’approche pour en distinguer la texture. Et que je m’éloigne à nouveau un peu pour faire le lien avec le faucon à leur droite. Ce sont deux canards de dos, épiés par leur prédateur.

Après la pierre magique d’Anish Kapoor, celle de Barry X Ball. Ce Dual Portrait of Jeanne (2007), en Onyx du Pakistan, joue incroyablement avec les variations de couleur de la pierre et est sculpté avec une subtilité folle.

Je ne sais pas si ça a un lien avec la toute fraîche annonce de la séparation de Sonic Youth qui rend malheureux tous les amoureux du rock, mais, au moment où la toile originale de Daydream Nation était vendue un prix record (indécent, même), on retrouvait sur de nombreux stands de la FIAC des illustrations de Raymond Pettibon (l’homme qui a offert au rock la pochette de Goo).

Pour la première toile de la sélection, on va faire simple : une opposition entre un orange aussi lumineux que lisse, et un lit-de-vin tout en aspérités.

Gros blocage aussi sur cette toile (Erik Schmidt, Das Geheimniss der Prinzen, 2007). Derrière le sujet banal se cache un incroyable travail de la matière et de son relief, tout cela avec une totale économie de couleurs (du bleu et du rouge en plus du noir et du blanc)

Ce ne sont pas des toiles, mais ça y ressemble : Untitled (Nets) de Rachel Whiteread, c’est une série de 5 plaques d’argent découpées au laser, reproduisant très exactement des filets ou des mailles trouvés au hasard par l’artiste. Moucharabieh, labyrinthe ou toile d’araignée, chacun a sa propre luminosité, sa propre sensualité.

Objet fou, ce Sakra (1995) de Gunter Haese. Le cadre lui-même semble en suspension, tout comme les boules finement sculptées à l’intérieur de celui-ci. Légèreté absolue. La taille variée des boules dorées fait perdre toute notion de perspective et génère un mouvement incompréhensible à la moindre variation de l’angle de vue. On se croirait dans une flute de champagne, en fait.

Allez, c’est bientôt Noël. Vous pouvez m’offrir un Basquiat. Ou une monumentale tour de dentelle de métal de Wim Delvoye (même si je préférais le tractopelle de l’année dernière). Merci. Et un appartement gigantesque pour aller avec, tant que vous y êtes.

Evidemment que je veux une photo de JR. Par exemple celle-ci.

Je veux tout sur cette image. Le Seated Companion de Kaws, le diptyque An Eye, a Tooth (Bharti Kher). Et eventuellement la fille de la galerie.

Allez, on arrive à mon top 3.
Trois femmes, pour trois coups de foudre.

Deuxième dauphine : l’hyperréaliste Betty Tompkins (Masturbation Painting #6).
Une image crue vue de loin qui se brouille et s’atténue à mesure que l’on s’approche et que la douceur du coup de pinceau domine. L’image semble alors émerger du brouillard (beaucoup moins dense et contrasté en vrai que sur la photo), une sorte de rêve érotique éveillé.

Première dauphine : Ghada Amer.
Difficile d’expliquer tout ce qui m’a fasciné dans cette toile. J’aime l’harmonie des couleurs, le travail de coulures, la répétition de personnages quasiment cachés, et surtout l’incroyable sensualité de ces fils qui viennent soit en surpiqûre soutenir le dessin, soit librement et subtilement apporter du mouvement et de la fluidité.

Est élue REINE de la FIAC à l’unanimité de moi-même :

GEORGIA RUSSELL
Une gamine. Enfin une fille plus jeune que moi.
Une artiste qui ne respecte rien.
Qui passe le temps en découpant ce qui lui tombe sous la main à coups de cutter.

Vous lui donnez une belle photo de vague, et vas-y que je te fais des trous dedans.

Vous lui donnez un bon livre, elle vous rend un monstre poilu. Sans même le lire avant, je suis sûr.

Georgia, je vous aime. Voulez-vous m’épouser ? J’aimerais vivre au milieu de vos oeuvres, cotoyer votre talent, observer votre dextérité, comprendre votre art du mouvement.

Pendant que vous travaillez, je choisirai de la musique pour accompagner la naissance de vos oeuvres d’une folle beauté.

MP3 : Space Raiders – Beautiful Crazy

A ce soir à l’Andy Wahloo où je serai aux platines de 20h à 2h.

Et a demain ici-même pour la suite de mes amours, en Off.

BEST of FIAC (part. 1) L’art et la Matière

Trois jours de marathon culturel, à profiter autant que possible du grand rassemblement artistique parisien autour de la FIAC.
Vendredi : Cutlog, Show-Off et Art Elysée.
Samedi : Slick et FIAC
Lundi : Chic Art Fair
Je n’ai pas compté, mais j’ai dû visiter pas loin de 500 stands de galeries, et voir des milliers d’oeuvres.
J’ai frôlé l’indigestion visuelle. Mais j’ai aussi été ébahi, surpris, émerveillé.
Je vous livre donc au compte-goutte une petite sélection de ce que j’ai aimé.

On commence aujourd’hui par une thématique sur la matière.
J’adore apprécier une oeuvre de loin, et m’en faire révolutionner la perception en m’approchant, découvrir que l’artiste a délibérément trompé mes sens. Qu’il a su magnifier un matériau banal ou vulgaire pour en faire un objet d’une grande beauté. Ou que le matériau, choisi avec soin, ajoute du sens à l’oeuvre.

Ce que ça paraît être / Ce que c’est vraiment.

MP3 : Spank Rock – What it look like

exemple :
Un lot de pailles à cocktail + deux sangles d’arrimage = une merveille chromatique (vu au Cutlog, j’ai oublié de noter le nom de l’artiste)

En déambulant dans les allées de Show-Off, je vois une femme assise sur un banc, en train de tricoter. Je suis d’abord étonné par ses aiguilles, qui n’en sont en fait qu’une seule, en bambou souple, formant un cercle. Puis je me rends compte que ce n’est pas de la laine qu’elle travaille.
Elle participe en fait à une oeuvre de Movana Chen. cette dernière demande à des gens du monde entier de réduire en lamelles leur livre préféré, puis de le tricoter pour en faire une longue pièce de maille de papier qui regroupe différentes cultures et est chargée de messages et de souvenirs.

Ma pièce préférée de Movana Chen reste celle-ci : un grand carré blanchâtre dont il faut s’approcher à quelques centimètres pour découvrir dans les mailles enchevêtrées des notes de musiques, traces de partitions mises en lambeaux.

À Art Elysée, c’est ce travail de dentelle qui a accroché mon regard. Et il faut s’approcher jusqu’à la toucher pour se rendre compte que c’est un vulgaire lino, la matière la plus cheap et une des plus « anti-culturellement » connotée qui soit, mais qui, travaillée à la main au scalpel, devient plus belle que bien des cuirs. (Franck Loret)

Slick. Les oeuvres de deux artistes se font face dans une allée. Toutes les deux aussi belles, mais toutes les deux presque directement issues de chez Leroy Merlin.

Prenez trois panneaux d’isolant (celui qui fait une dizaine de centimètres d’épaisseur, mêlant une couche de carton à du polystyrène). Grattez méticuleusement la surface pour agresser légèrement le carton ou creuser jusqu’à la couche noire. Le résultat ressemble à un mur de béton lisse attaqué au marteau-piqueur.
(Jean Denant, Mappemonde, 2011)

Ensuite, vous passez au rayon « profilés en plastique » (comme ceux qui servent à faire des volets roulants, par exemple). Assemblez-les en un fagot, avant d’en découper la partie supérieure pour en faire émerger une montagne acérée, un glacier terrifiant.
(Vincent Mauger, Sans Titre, 2011)

Un peu plus loin, je m’arrête devant cette foule de silhouettes anonymes, simple traits sans expressions. J’ai du mal à comprendre d’où provient l’énergie et le mouvement que je ressens en la regardant, jusqu’à ce que je découvre qu’elle est recouverte d’un léger voile de gaze qui flotte près de la surface et qui brouille en permanence la vision.

Tout à l’heure chez Leroy Merlin, vous avez eu la présence d’esprit de jeter aussi dans votre caddie un pistolet à silicone (pour faire les joints des baignoires). Et d’avoir pris des grosses quantités de cette matière noire et brillante, presque nacrée.
Travaillée de façon brute sur papier, elle s’exprime en relief, à la fois miroir et surface chaotique. Comme si on pouvait se contempler dans un tapis à poils longs.

On continue à la FIAC :

Dans un coin d’un stand, presque caché, j’aperçois cette figure géométrique dont j’ai une fois de plus du mal à comprendre la vibration. On dirait du laiton mat.

Encore perdu : c’est un vulgaire contreplaqué recouvert de peinture noire avant d’être lacéré.

Qu’est-ce qu’il nous reste au rayon des matériaux cheap ? des débris de charbon, ça ira ? avec un peu d’acrylique blanche et de sérigraphie, on doit pouvoir en faire quelque chose, non ?
(Glenn Ligon, Figure#93, 2011)

Tout ce travail sur la matière vous a donné envie de jouer ? Alors jouons aux dés, pour créer une forme organique à la peau comme un carrelage lumineux mouchetée de points noirs (Tony Cragg).

Plus loin, un grand format attise ma curiosité : on dirait un essaim chaotique d’insectes, ou la forme créée par un aimant sur de la limaille de fer.

Encore perdu. « Contatto » (Guiseppe Penone, 2007) est entièrement réalisé à la main avec d’effrayantes épines d’acacia.

Dans le stand voisin, une forme est beaucoup trop inexpressive pour être honnête. Et protégée sous verre.

« Under Fire » (Moataz Nasr, 2008). La bagatelle de 12 800 allumettes collées une par une. Plus fou qu’un pompier pyromane.

Pour oublier vos angoisses d’écolier face au tableau noir, rien de tel qu’un autre tableau, tout en craies volées à la maîtresse (Pascale Marthine Tayou, « Chalks and Pins N », 2011).

Dernière belle surprise hier matin à la Chic Art Fair, cette nature morte. Un travail fou de lacération et de peinture de baguettes de bois en suspension.

Demain : humour, message et réflexion, les idées mises en Oeuvre.