BEST of FIAC (part.2) Art is the message

J’ai tendance à préférer les oeuvres purement esthétiques. Celles dont la beauté formelle, la qualité technique dans l’exécution me touchent instantanément, comme une résonance évidente, comme un coup de foudre amoureux.
Mais nous aborderons mes gros coups de coeur demain, ceux que je rêverais d’amener chez moi, ceux avec lesquels je pourrais passer ma vie.

Aujourd’hui, je vous livre quelques oeuvres qui m’ont touché parce qu’elles m’ont parlé, en me faisant rire, en me posant des questions, en faisant naître en moi une réflexion profonde ou une simple remarque.
Pour la plupart, je n’imagine même pas avoir ces oeuvres chez moi. Mais le simple fait de les croiser me fait réaliser à quel point ça fait du bien de se poser face à quelque chose de nouveau, et de réfléchir.

MP3 : Gonzales – The Joy of Thinking

On commence par ce néon rose aperçu à Cutlog. Franchement, l’art au Néon m’émeut assez peu. Parce que finalement, c’est un peu toujours la même chose, et que seul le message finit par compter. Un message qui pourrait tout aussi bien être écrit au pochoir, distribué imprimé sur des tracts ou hurlé au porte-voix.

Donc là, c’est juste le message grossier qui m’a fait marrer. Et l’énergie mise en oeuvre par la galeriste pour la justifier (« un message positif de dépassement de la douleur de la séparation »)

J’ai quand même trouvé deux néons, qui par opposition, avaient quelque chose d’intéressant à raconter :
ce très beau drapeau français lumineux qui oppose couleurs projetées / blanc graphique de la structure des tubes. Une colonne compacte qui emplit une pièce entière de sa présence.

Et celui-ci, que j’ai à peine regardé tout d’abord, avant de me rendre compte que sa disposition à l’horizontale, réduit à une simple ligne, le rendait tout l’inverse de ce qu’il aurait dû être : une négation de lumière, le message n’étant visible qu’indirectement, au travers de son ombre sur le mur, ou de son reflet sur une table que je croyais posée là par hasard. Vicieux.

Deux oeuvres jouant sur l’idée de collection de vinyles m’ont rappelé que bientôt, les kids qui téléchargent des MP3 ne sauront pas qu’un morceau de musique était il n’y a encore pas si longtemps quelque chose qui fonctionnait en association avec d’autres morceaux dans un ordre réfléchi (ça s’appelait un « album ») et que la taille du disque et de sa pochette offrait une très belle surface d’expression à d’autres artistes pour mettre en image l’oeuvre musicale. Et qu’art plastique et musique ont toujours été intimement liés.
Faut-il constituer une discothèque idéale à la peinture à l’huile sur bois, ou couler de vrais disques dans du béton pour le rappeler ?

J’ai été accueilli à l’entrée du Jardin des Plantes par ce bonhomme-boule-de-neige. Il faisait beau et chaud, il m’a fait sourire, et il m’a donné envie de vacances entre potes à la montagne.

Mais je ne venais pas pour lui, ni pour la vingtaine d’oeuvres disséminés partout, bien que je salue cette belle initiative de FIAC hors les murs, pour rendre accessible à tous l’art contemporain (parce qu’à 36 euros l’entrée à la FIAC, il ne vaut mieux pas avoir une famille nombreuse à éduquer). J’avais juste envie de voir l’extra-terrestre de Séchas perdu dans la Jungle d’une des serres.
J’ai finalement renoncé à mon entreprise, outré. 6 euros pour rentrer dans la serre. C’est pas que je ne peux pas les payer, hein, mais l’idée de payer aussi les 10 euros de la galerie de l’évolution (4 oeuvres) et l’entrée de l’animalerie (3 oeuvres) m’a révolté. Démocratisation mon cul. Voilà, c’était mon coup de gueule du jour. Mais ça compte aussi dans l’Art qui donne à réflechir, non ?

A l’inverse, un petit malin s’est offert une exposition de choix, gratuite et grand public, en s’accaparant l’abribus devant le Grand Palais. 12 photos sublimes tirés sur velin, plus belles que la plupart des choses que j’ai pu voir à l’intérieur de la FIAC (très décevante cette année niveau photo à mon goût).

On enchaine sur une très belle rencontre entre deux poules qui doivent avoir beaucoup de choses à se raconter. Ou peut-être s’agit-il de la perception de l’une ou de l’autre comme dans un miroir ? Mais qui est le reflet ? Ou alors une histoire de bouche et de cul ?

Un de mes plus grands moments de solitude béate : j’arrive sur un stand, je découvre cette oeuvre (une lumière noire, trois plaques de plexi. Beau boulot, mec). Je cris intérieurement au scandale, et m’apprête à le faire à haute voix, quand une mouche s’invite. D’abord timide sur le mur bleuté. Puis à pas précautionneux sur le verre. Avant de finir dans un bruit de grillade sur le néon. J’ai pouffé, et même ricané, tout seul. Je n’ai pas osé demandé le prix du piège à mouches, et je suis parti voir ailleurs.

Ailleurs, il y avait ce petit train sur son circuit en boucle. Sauf que plateau tourne lui-aussi, à la même vitesse, mais en sens inverse, contrariant les envies de voyage lointain de la machine, réduite à l’état de hamster dans sa roue. Immobile malgré sa débauche d’énergie. J’ai trouvé ça très beau et très triste à la fois. Cette locomotive m’a soudain semblé très humaine, exactement comme le petit robot-boite qui, juste à côté, frappait un bouquet de fleurs contre le mur jusqu’à le réduire en bouillie, comme un amoureux dépité.

A quelques pas de là, une autre machine tentait de régler la situation politique belge, pas vraiment à la fête. Une pression sur le panic button, et les ventilateurs propulsent un tourbillon de joyeux cotillons pour que flotte à nouveau fièrement le drapeau du plat pays, pendant que, dans la partie inférieure, les trois couleurs se mélangent harmonieusement. L’art sauvera-t’il la Belgique ?

J’ai été assez perturbé par une installation à base de miroirs (dont un sans tain) qui se répondent pour créer une sensation de perspective infinie. Cette technique vue et revue ne me fait en général plus aucun effet (même au Baron après des litres de Vodka Sour, c’est pour dire). Mais là, installée à l’horizontale comme un puits plutôt que comme une fenêtre, avec sa grosse colonne de lumière au milieu, elle m’a procuré une vraie sensation de vertige, une envie de sauter par dessus le muret pour me laisser glisser vers le centre du monde comme un pompier. Comme quoi tout n’est qu’une question d’angle de vue.

J’aime aussi quand l’art ne fait pas que poser des question, mais apporte des réponses. On sait enfin comment faire passer un chameau par le trou d’une aiguille : il suffit que l’animal soit une pelote de fil. Limpide.

En pleine période de crise, un dollar peut avoir deux utilités : joliment coloré (par Tom Friedman, un parent du libéraliste-monétariste Milton ?), il permet à l’artiste de le multiplier (beaucoup) à son profit.


Danny MacDonald, lui, m’inspire une toute autre question : faut-il tordre le cou à la monnaie pour lui redonner une forme humaine ? Ou est-ce les fondations de la société (sous les traits de Benjamin Franklin) que l’on assassine ?

Une autre interrogation, purement graphique celle-ci : aurais-je été hypnotisé par cette toile aux fines lignes parfaitement régulières si leur coloration avait été, elle aussi, régulière, privant les lignes de couleur verticales de leur léger mouvement ? Et cette toile aurait-elle eu la même vibration sans ces 4 accidents presque imperceptibles qui créent la perturbation qui ont écorché mon oeil pour mieux le séduire ?

Rayon foutage de gueule, je vous offre ces 49 carreaux de métal. S’il n’y avait pas la verrière du Grand Palais pour se refléter dedans, quelqu’un peut m’expliquer le propos ?

Un peu d’art engagé et bien enragé, avec Taysir Batnui, un artiste libanais qui reconstitue une vitrine d’agence immobilière.

Sauf qu’il ne vous propose que les ruines du conflit israelo-palestinien.

Question suivante : avez-vous assez regardé une oeuvre avant de dire que c’est de la merde ? parce qu’il faut parfois explorer, trouver le bon angle ou la bonne luminosité pour laisser apparaître, dans un miroir à priori totalement banal, une image de corps couché sur un lit, imprimée à la surface au Daguerréotype (Adam Fuss, « The space between garden and Eve », 2011).

Un galeriste est-il un artiste ? J’ai tendance à le penser. Parce qu’il oriente souvent le travail de l’artiste. Parce qu’il associe des créations variées. Et qu’il les mets parfois joliment en scène, comme ici.

J’avoue n’avoir rien compris à cette installation. Pourquoi toutes ces chaussures, pourquoi mutilées de leur pointe ? Mais je suis resté un long moment devant, fasciné. Jusqu’à avoir ma réponse : parce que le résultat est beau, tout simplement.

Gros coup de coeur pour cette installation, qui révèle une incongruité flagrante : alors que la litterature est un art, et que les mots sont une musique, le livre n’est pas un instrument. Erreur réparée : d’un coup de marqueur noir sur le sommet de ces livres, l’encre et le papier se muent en ébène et ivoire.

Et la dernière oeuvre du dernier stand de ce long marathon, conclu au Chic Art Fair : ce cul de lièvre en trophée. S’agit-il d’un geste délibérément effronté de la part du gibier ? Le chasseur n’a-‘il réussi à avoir que cette partie de l’animal, à moitié à l’abri dans son terrier ? ou tous les tristes animaux exhibés sont-ils comme ça, de l’autre côté du mur ?

Je vous laisse à votre tour réfléchir à tout cela.

Et je vous offre pour finir un dernier beau souvenir : le dialogue entre un galeriste new-yorkais et un badaud impoli qui nous a coupé en pleine discussion passionnée sur un de mes coups de coeur de la FIAC (Ghada Amer, j’y reviendrai) :

– ça veut dire quoi, l’oeuvre là bas ?

– c’est une oeuvre de Louise Bourgeois, Monsieur

– Et alors ça veut dire quoi ?

– Essayez de passer un peu plus de temps devant, vous trouverez peut-être la réponse…

La suite demain. Place à mes coups de foudre, justement.

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