BEST of FIAC (part. 1) L’art et la Matière

Trois jours de marathon culturel, à profiter autant que possible du grand rassemblement artistique parisien autour de la FIAC.
Vendredi : Cutlog, Show-Off et Art Elysée.
Samedi : Slick et FIAC
Lundi : Chic Art Fair
Je n’ai pas compté, mais j’ai dû visiter pas loin de 500 stands de galeries, et voir des milliers d’oeuvres.
J’ai frôlé l’indigestion visuelle. Mais j’ai aussi été ébahi, surpris, émerveillé.
Je vous livre donc au compte-goutte une petite sélection de ce que j’ai aimé.

On commence aujourd’hui par une thématique sur la matière.
J’adore apprécier une oeuvre de loin, et m’en faire révolutionner la perception en m’approchant, découvrir que l’artiste a délibérément trompé mes sens. Qu’il a su magnifier un matériau banal ou vulgaire pour en faire un objet d’une grande beauté. Ou que le matériau, choisi avec soin, ajoute du sens à l’oeuvre.

Ce que ça paraît être / Ce que c’est vraiment.

MP3 : Spank Rock – What it look like

exemple :
Un lot de pailles à cocktail + deux sangles d’arrimage = une merveille chromatique (vu au Cutlog, j’ai oublié de noter le nom de l’artiste)

En déambulant dans les allées de Show-Off, je vois une femme assise sur un banc, en train de tricoter. Je suis d’abord étonné par ses aiguilles, qui n’en sont en fait qu’une seule, en bambou souple, formant un cercle. Puis je me rends compte que ce n’est pas de la laine qu’elle travaille.
Elle participe en fait à une oeuvre de Movana Chen. cette dernière demande à des gens du monde entier de réduire en lamelles leur livre préféré, puis de le tricoter pour en faire une longue pièce de maille de papier qui regroupe différentes cultures et est chargée de messages et de souvenirs.

Ma pièce préférée de Movana Chen reste celle-ci : un grand carré blanchâtre dont il faut s’approcher à quelques centimètres pour découvrir dans les mailles enchevêtrées des notes de musiques, traces de partitions mises en lambeaux.

À Art Elysée, c’est ce travail de dentelle qui a accroché mon regard. Et il faut s’approcher jusqu’à la toucher pour se rendre compte que c’est un vulgaire lino, la matière la plus cheap et une des plus « anti-culturellement » connotée qui soit, mais qui, travaillée à la main au scalpel, devient plus belle que bien des cuirs. (Franck Loret)

Slick. Les oeuvres de deux artistes se font face dans une allée. Toutes les deux aussi belles, mais toutes les deux presque directement issues de chez Leroy Merlin.

Prenez trois panneaux d’isolant (celui qui fait une dizaine de centimètres d’épaisseur, mêlant une couche de carton à du polystyrène). Grattez méticuleusement la surface pour agresser légèrement le carton ou creuser jusqu’à la couche noire. Le résultat ressemble à un mur de béton lisse attaqué au marteau-piqueur.
(Jean Denant, Mappemonde, 2011)

Ensuite, vous passez au rayon « profilés en plastique » (comme ceux qui servent à faire des volets roulants, par exemple). Assemblez-les en un fagot, avant d’en découper la partie supérieure pour en faire émerger une montagne acérée, un glacier terrifiant.
(Vincent Mauger, Sans Titre, 2011)

Un peu plus loin, je m’arrête devant cette foule de silhouettes anonymes, simple traits sans expressions. J’ai du mal à comprendre d’où provient l’énergie et le mouvement que je ressens en la regardant, jusqu’à ce que je découvre qu’elle est recouverte d’un léger voile de gaze qui flotte près de la surface et qui brouille en permanence la vision.

Tout à l’heure chez Leroy Merlin, vous avez eu la présence d’esprit de jeter aussi dans votre caddie un pistolet à silicone (pour faire les joints des baignoires). Et d’avoir pris des grosses quantités de cette matière noire et brillante, presque nacrée.
Travaillée de façon brute sur papier, elle s’exprime en relief, à la fois miroir et surface chaotique. Comme si on pouvait se contempler dans un tapis à poils longs.

On continue à la FIAC :

Dans un coin d’un stand, presque caché, j’aperçois cette figure géométrique dont j’ai une fois de plus du mal à comprendre la vibration. On dirait du laiton mat.

Encore perdu : c’est un vulgaire contreplaqué recouvert de peinture noire avant d’être lacéré.

Qu’est-ce qu’il nous reste au rayon des matériaux cheap ? des débris de charbon, ça ira ? avec un peu d’acrylique blanche et de sérigraphie, on doit pouvoir en faire quelque chose, non ?
(Glenn Ligon, Figure#93, 2011)

Tout ce travail sur la matière vous a donné envie de jouer ? Alors jouons aux dés, pour créer une forme organique à la peau comme un carrelage lumineux mouchetée de points noirs (Tony Cragg).

Plus loin, un grand format attise ma curiosité : on dirait un essaim chaotique d’insectes, ou la forme créée par un aimant sur de la limaille de fer.

Encore perdu. « Contatto » (Guiseppe Penone, 2007) est entièrement réalisé à la main avec d’effrayantes épines d’acacia.

Dans le stand voisin, une forme est beaucoup trop inexpressive pour être honnête. Et protégée sous verre.

« Under Fire » (Moataz Nasr, 2008). La bagatelle de 12 800 allumettes collées une par une. Plus fou qu’un pompier pyromane.

Pour oublier vos angoisses d’écolier face au tableau noir, rien de tel qu’un autre tableau, tout en craies volées à la maîtresse (Pascale Marthine Tayou, « Chalks and Pins N », 2011).

Dernière belle surprise hier matin à la Chic Art Fair, cette nature morte. Un travail fou de lacération et de peinture de baguettes de bois en suspension.

Demain : humour, message et réflexion, les idées mises en Oeuvre.

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