Music in Words

« Je me suis fondue dans la foule qui s’était considérablement épaissie. Des faisceaux de bleu balayaient les visages baignés de sueur. Une forte odeur d’herbe flottait. J’ai taillé dans la masse pour me retrouver bien en face de Jessie qui avait mis son casque et calait son premier disque. Le flux sonore s’est estompé peu à peu, jusqu’à n’être plus qu’un vague bourdonnement. Une rumeur de mécontentement s’est élevée. Un son acid a commencé à monter. Mes pieds bougeaient déjà tout seuls. Le son s’est étiré tranquillement dans le silence, tournoyant ça et là, puis une basse a commencé à se profiler. Lente, aquatique, je la sentais me prendre le bas du ventre. Autour de moi ça remuait vaguement. J’ai rentré le pass sous mon tee-shirt. L’éclat de rire fracassant d’Aphex Twin a explosé, puis un autre, et brutalement c’est parti, prenant tout le monde par surprise, un gros emballement de percussions et un seul cri est monté de la foule qui venait de comprendre que ça allait tuer. Les stroboscopes sont revenus, accélérant les mouvements qui m’entouraient, modifiant instantanément la perception que j’avais de la distance qui me séparait des autres. Mes pieds marquaient le rythme, ma tête suivait le son. Les boucles se superposaient, s’enroulaient, tissant des structures de toutes formes, pistes infinies que mon cerveau voulait toutes emprunter les unes après les autres. Par moment je me calquais sur les graves, à d’autres sur les aigus. Les inversions me faisaient rebondir, me plier, me remonter. Sur les écrans géants, les spirales se déformaient en suivant le tourbillon du son. Je considérais mes mains qui ondulaient, se fermaient puis se rouvraient. Mes bras étaient devenus comme des extensions du reste de mon corps, ils s’élevaient, redescendaient puis remontaient, s’envolant dans les nappes, et mes yeux fascinés n’en perdaient pas une miette. Autour de moi, tout était devenu plus net, plus éclatant. Le scintillement des piercings aux arcades, aux narines, aux oreilles, les gouttes de sueur sur les fronts, les gouttes d’eau perlant des mentons en train de boire, jusqu’à la profondeur des regards dans lesquels je me plongeais sans retenue. Tous extatiques de se trouver là, dans ce lieu inconnu et investi pour une nuit. Tous transportés par la magie de cette totalité créée par la musique, les lumières et la foule. »

Ann Scott, Superstars (2002)

Si vous aimez l’écriture d’Ann Scott, son dernier roman, À la folle jeunesse, est sorti mi-août. Il est sur la table de chevet, mais je n’ai pas encore eu le temps de m’y plonger, malgré une quatrième de couverture qui me pousse à abandonner ou bâcler les autres livres en cours. On en parlera une prochaine fois…

Aphex Twin – Windowlicker (Trentemoller X-Rated Lick)

United in Sound ©DVLS10

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